Il y a une tendance qui me réjouit sincèrement : on parle de plus en plus des protéines chez les chevaux. Probablement importée du monde du fitness humain, mais peu importe l’origine, le résultat est là. On commence à s’intéresser à quelque chose de fondamental dans l’alimentation équine, et c’est une vraie bonne nouvelle 😊
Parce que les protéines cheval, c’est la base de la base. Avant les minéraux, avant les vitamines. Et pourtant, c’est souvent le grand oublié de la ration.
Cet article est un résumé de l’épisode 36 du podcast Le Bonheur est dans le Foin, que tu peut donc écouter ici :
La place des protéines dans les besoins du cheval
La pyramide des besoins : où se situent les protéines
La pyramide des besoins du cheval, ça se lit de bas en haut. Tout en bas : l’énergie et l’eau. Le carburant de base, sans lequel rien ne fonctionne. Un cran au-dessus : les protéines. Encore au-dessus : les minéraux. Et tout en haut : les vitamines.
Ce classement n’est pas anodin. Il reflète l’ordre de priorité du corps du cheval. En clair, un cheval carencé en protéines est dans une situation plus critique qu’un cheval carencé en vitamines. C’est pour ça que commencer par les CMV sans avoir regardé les protéines, c’est construire une maison en commençant par le toit 🫣
Comment calculer les besoins en protéines de ton cheval ?
En France, on travaille en MADC : Matière Azotée Digestible Cheval. Ce sont les protéines que le cheval peut réellement extraire et utiliser dans son alimentation, déduction faite des pertes liées à l’efficacité du système digestif.
Le calcul est étonnamment simple. Tu prends les besoins énergétiques de ton cheval en UFC (Unités Fourragères Cheval) et tu multiplies par 70.
Exemple concret : un Selle Français de 600 kg avec 5 séances de travail par semaine a besoin d’environ 5 UFC par jour. Son besoin en protéines digestibles est donc 5 × 70 = 350 grammes de MADC par jour.
Un dernier point sur la distribution : mieux vaut étaler cet apport tout au long de la journée. Donner les 350 grammes en un seul repas ne sert à rien (c’est pareil que pour nous 😅).
Qualité des protéines : les acides aminés essentiels et limitants
Le collier de perles des protéines du cheval
Une protéine, ce n’est pas qu’une question de quantité. C’est aussi une question de qualité, et là on entre dans le monde des acides aminés.
Imagine un collier de perles. Chaque perle représente un acide aminé. Le collier entier, c’est la protéine. Pour que le corps du cheval fabrique ses propres protéines, il doit enfiler les perles dans le bon ordre, avec les bonnes couleurs.
Problème : si une couleur de perle vient à manquer, le corps s’arrête et élimine le collier inachevé. C’est ce qu’on appelle l’acide aminé limitant : le premier qui manque et qui bloque toute la chaîne.
Lysine, méthionine, thréonine : les 3 limitants à surveiller
Chez le cheval, il y a 9 acides aminés qu’il ne peut pas fabriquer lui-même. Il doit les trouver dans son alimentation. Les 3 les plus limitants sont la lysine (la plus souvent déficiente), la méthionine et la thréonine.
Ce qui signifie que ton cheval peut recevoir une quantité théoriquement suffisante de protéines, et quand même être carencé en protéines utilisables, parce qu’il lui manque la bonne perle jaune au bon moment 👌
Reconnaître un manque ou un excès de protéines du cheval
Le signe le plus percutant d'un manque ou excès de protéines du cheval : l'odeur des crottins
Tu connais cette odeur d’ammoniaque quand tu rentres dans une écurie pas encore curée ? Cette odeur qui prend au nez, lourde, âcre. C’est du nitrate, c’est de l’ammoniac, c’est le signe que quelque chose se passe avec les protéines.
Et voilà le twist : c’est exactement le même signal qu’il y ait un excès ou un manque de protéines. Dans les deux cas, le corps élimine des protéines non utilisées, et ça se retrouve dans les crottins.
Excès de protéines : le corps élimine ce qu’il ne peut pas utiliser, le foie travaille plus fort, et ton budget fourrage file en pure perte. Manque de protéines : les colliers de perles inachevés sont également éliminés. Résultat identique, cause opposée. C’est l’analyse de la ration qui permet de trancher 🐎
Les chevaux qui ont le plus besoin de protéines
Certaines situations augmentent significativement les besoins en protéines. Le très jeune poulain d’abord, parce qu’il construit ses os et ses muscles à grande vitesse. La jument en fin de gestation et en début de lactation ensuite, parce qu’elle construit un autre être vivant et l’alimente via son lait.
Ce n’est pas un hasard si ces besoins coïncident avec le printemps et la pousse de l’herbe feuillue, la plus riche en protéines. La nature fait bien les choses 🌿
D’autres situations demandent une adaptation : les chevaux très sportifs (CCE, endurance), dont les fibres musculaires se dégradent à l’effort, les chevaux malades dont le système immunitaire est mobilisé, et les chevaux âgés qui peinent à maintenir leur masse musculaire.
Ce que tu peux faire maintenant
Si tu veux apprendre à calculer les besoins en protéines de ton cheval, à évaluer les apports de son fourrage et à ajuster sa ration en fonction de sa situation, c’est exactement ce que couvre Nutri Expert Équin, la formation en ligne pour maîtriser l’alimentation de ton cheval de façon autonome.
Et si tu as des questions sur les protéines, viens les poser sur Instagram @murmure.animal. C’est un sujet sur lequel je pourrais faire encore plusieurs épisodes, et tes questions seront le meilleur déclencheur 🤗
Fais une gratouille à ton cheval de ma part, et vérifie ses crottins en passant 🐴