Ton cheval a plus de dix ans et il t’a fait une fourbure en septembre. Ton vétérinaire évoque le syndrome de Cushing cheval et tu te retrouves avec mille questions, un acronyme bizarre (PPID ?), et l’impression que tu aurais dû voir quelque chose avant. Respire. Dans cet épisode du podcast Le Bonheur est dans le foin, j’ai tout démêlé pour toi : les bons termes, les vrais symptômes à surveiller, le moment exact où tester ton cheval, et ce que tu peux faire côté alimentation. 🐎
Cet article (comme tous les autres 😉) est extrait de podcast Le Bonheur est dans le Foin. Tu peut retrouver cet épisode juste ici :
PPID, syndrome de Cushing, maladie de Cushing : on remet les mots à leur place !
La maladie de Cushing est très rare chez le cheval
Je sais, ça fait bizarre de le lire. Mais la maladie de Cushing est très précisément définie comme une tumeur au niveau du tissu glandulaire de l’hypophyse. Et nos chevaux ne sont vraiment pas souvent diagnostiqués de cette problématique.
Ce qu’ils développent souvent par contre, c’est un trouble du cortisol lié à l’hypophyse, sans tumeur. On l’appelait « syndrome de Cushing » pendant longtemps parce que les symptômes ressemblaient à ceux de la maladie, sans être cette maladie, et avec plusieurs causes possibles. Du coup ce nom est resté dans le langage courant et même chez beaucoup de vétérinaires !
Pour autant, le terme correct aujourd’hui c’est PPID : Pituitary Pars Intermedia Dysfunction, soit en français « dysfonction du lobe intermédiaire de l’hypophyse ». C’est une glande à la base du cerveau qui dysfonctionne et entraîne un dérèglement hormonal en cascade, notamment du cortisol. Je continuerai à utiliser les deux termes dans cet article parce que c’est ce que tu retrouveras dans le langage « cavalier » 😉
Pourquoi ce dérèglement hormonal change tout ?
L’hypophyse joue un rôle central dans la régulation de plein d’hormones. Quand elle dysfonctionne, les répercussions sur le corps du cheval sont nombreuses. Et c’est pour ça que le tableau clinique du PPID est aussi varié, parfois déroutant. 🫣
Un cheval PPID a 2,7 fois plus de probabilités de développer une résistance à l’insuline ou un syndrome métabolique équin (SME). Ce point est important pour la suite, notamment pour comprendre pourquoi l’alimentation a un rôle à jouer.
Les symptômes du syndrome de Cushing cheval à ne pas manquer :
Le signe précoce par excellence : la fourbure d'automne !
S’il y a un seul signe que tu retiens de cet article, c’est celui-là. Ton cheval fait une fourbure en août, septembre ou octobre ? On teste le PPID. Directement. Sans attendre. 💪
C’est le signe précoce numéro un du PPID, avant même l’hypertrichose (ces fameux longs poils) que tout le monde cite en premier. Les autres signes précoces sont les suivants :
- Une légère apathie
- Des abcès à répétition au niveau des pieds
- Des problèmes tendineux
- Une hypertrichose localisée, notamment sur le ventre (poils longs qui restent, mue difficile)
Un cheval qui fait des abcès à répétition sans raison évidente, c’est aussi un signal. Il faut penser PPID et en parler à ton vétérinaire. 👌
Les signes avancés quand le PPID s'installe
Quand le PPID progresse, les signes précoces s’intensifient et de nouveaux apparaissent. L’apathie devient vraiment marquée. L’hypertrichose n’est plus localisée sur le ventre : elle se généralise sur tout le corps. Ce sont les chevaux qu’on est obligé de tondre parce qu’ils n’arrivent plus à faire leur mue…
L’atrophie musculaire, légère au départ, devient importante. Plus le PPID avance, plus les muscles fondent. Et à côté de ça, d’autres signes peuvent apparaître :
- Des infections fréquentes et inexpliquées
- De la polydipsie et polyurie (le cheval boit et urine beaucoup plus, ça se voit surtout chez les chevaux au box dont la litière devient très sale)
- Chez les juments : une lactation qui s’amorce sans raison
- Chez les hongres et les entiers : une production de smegma augmentée
- Dans les cas très avancés : des signes neurologiques (ataxie, difficultés à reculer, harper)
Si ton cheval est au box, la polydipsie sera plus facile à remarquer. En extérieur, c’est souvent plus discret, sauf s’il urine beaucoup dans son abri paillé 🤭
Diagnostic et prise en charge du syndrome de Cushing cheval
Quand et comment tester ton cheval ?
Le diagnostic du PPID se fait par une prise de sang pour doser l’ACTH, une hormone produite par l’hypophyse. Et là, il y a quelque chose de vraiment important à comprendre sur le timing.
Entre le 15 août et le 15 octobre, le taux d’ACTH augmente naturellement chez tous les chevaux. C’est une réponse physiologique liée à l’alpha-MSH, une hormone qui stimule l’appétit pour que le cheval constitue des réserves avant l’hiver. Chez un cheval PPID, cette augmentation n’est pas légère : c’est une explosion du taux d’ACTH. Du coup la différence entre la norme et les valeurs d’un cheval PPID est beaucoup plus nette à cette période. Moins de zones grises, moins d’erreurs de diagnostic. 😎
Si tu n’as droit qu’à une seule prise de sang de contrôle par an pour ton cheval de plus de quinze ans, programme-la en septembre. Et si tu as un doute en décembre et que la prise de sang revient avec des résultats peu concluants, tu peux attendre septembre pour la refaire dans de meilleures conditions diagnostiques.
Attention aussi aux facteurs qui faussent le dosage : un cheval stressé au moment de la prise de sang, une prise de sang le matin (le taux d’ACTH est plus élevé le matin), un cheval à jeun depuis plus de douze heures (le taux sera plus bas), ou un cheval qui vient de travailler il y a moins de deux heures. Ces éléments sont à communiquer à ton vétérinaire qui sera le seul à même de t’aider à diagnostiquer ton cheval !
Adapter l'alimentation d'un cheval PPID : 4 axes
Le traitement principal du PPID est le pergolide, une molécule vétérinaire. La phytothérapie peut venir en complément, notamment quand le cheval développe une apathie marquée sous le traitement, ou en préventif quand le PPID est pris très tôt. Ces décisions se prennent avec ton vétérinaire.
Côté alimentation, il y a quatre axes d’adaptation possibles :
1️⃣ Limiter les risques de SME et gérer le surpoids, parce que le syndrome métabolique équin vient souvent en comorbidité du PPID et en amplifie les effets.
2️⃣ Compenser la perte musculaire en adaptant les apports en protéines.
3️⃣ Apporter des antioxydants pour aider le corps du cheval à mieux gérer l’augmentation saisonnière de l’ACTH.
4️⃣ Gérer le sous-poids si ton cheval perd du poids de façon importante, ce qui arrive chez certains chevaux PPID avancés.
Chaque cheval est différent. Ces quatre axes ne s’appliquent pas tous en même temps, et leurs proportions varient selon le profil de ton cheval.
L'essentiel à retenir pour prendre soin de ton cheval
Le syndrome de Cushing cheval (PPID) se diagnostique mieux entre le 15 août et le 15 octobre. Si ton cheval fait une fourbure à cette période, on teste. Si tu veux faire une prise de sang préventive, c’est maintenant qu’il faut le faire, pas attendre le printemps prochain. 🐴
Et si tu veux aller beaucoup plus loin sur le sujet, j’ai un webinaire complet sur le PPID disponible en cliquant ici. Il est aussi inclus dans la formation Nutri Expert Equin, la formation qui permet d’établir et d’ajuster la ration de ton cheval, quelle que soit sa pathologie. 🤗
Fais une gratouille à ton cheval de ma part, et si tu vois un long poil suspect sur son ventre en ce moment, tu sais quoi faire !