C’est la quatrième canicule de l’été et tu regardes ta prairie. L’herbe est cramée depuis un mois, tes chevaux sont encore dedans, et au fond tu te demandes si tu fais bien. C’est exactement la question que j’ai creusée avec Claire-Marie le Vaillant, d’Equus Paradise, pour un épisode du podcast « Le Bonheur est dans le foin ». Elle conseille en aménagement équestre et gestion des terrains : autant dire qu’elle connaît ses prairies mieux que personne. Et ce qu’elle m’a dit sur le pâturage cheval sécheresse, ça méritait un article entier !!
Tu peux retrouver notre échange ultra intéressant sur l’épisode 40 du podcast Le Bonheur est dans le Foin, notamment sur :
Quand sortir (et rentrer) tes chevaux de la prairie ?
Les trois critères à regarder en même temps :
Beaucoup de propriétaires se focalisent sur le cheval : est-ce qu’il mange ? Est-ce qu’il a l’air bien ? Mais Claire-Marie pose d’emblée trois points à surveiller simultanément : le cheval, l’herbe et le sol. Ce troisième élément, on l’oublie souvent. Pourtant, c’est le sol qui conditionne la qualité de tout le reste.
Pour le sol, la règle est simple : si le sabot laisse une empreinte dans la terre, c’est déjà trop tard. Pas besoin que l’herbe soit arrachée, pas besoin que le terrain soit boueux. La simple trace de sabot casse la porosité du sol, celle qui permet l’infiltration de l’eau et l’activité de la vie biologique. Un sol compacté met des années à se reconstituer vraiment.
L'observable concret pour décider :
Tu n’as pas besoin d’un agronomie pour savoir si ta prairie est prête. Marche dedans et regarde tes pieds. Si tu enfonces, tes chevaux enfoncent. C’est le signe que les sols ne sont pas portants et que le passage des chevaux va laisser des dégâts durables, même si l’herbe est haute et appétente.
L’autre indicateur à surveiller : la présence de rumex dans tes parcelles. Cette plante n’est pas un accident : son rôle naturel est de décompacter le sol avec sa racine pivot. Sa prolifération est souvent le signe que tes prairies ont été tassées de façon répétée. Pas une raison de culpabiliser, mais un signal à prendre en compte pour ajuster ta gestion.
Ce que la sécheresse fait vraiment à ta prairie (et pourquoi ça compte pour l'an prochain)
Le piège du "ils mangent encore, donc c'est ok"
C’est le piège le plus courant en été : les chevaux continuent de pâturer sur une herbe totalement grillée et tu vois qu’ils ne perdent pas d’état. Donc tu te dis que ça va. Mais la question n’est pas là. L’impact, c’est sur la prairie elle-même, et tu ne le verras qu’à l’automne, quand il n’y aura pas de regain. L’année d’après, quand la productivité sera tombée. Dans deux ans, quand le cortège floristique aura changé.
Claire-Marie l’a dit clairement dans l’épisode : « Les prairies où on s’est dit bon, foutu pour foutu, on laisse les chevaux et on n’ajoute pas de foin, vous allez voir l’impact dès l’automne. » Ça ne se voit pas en juillet. Ça se voit en septembre, puis en mai prochain, puis l’année suivante encore…
Le couvert végétal, ton meilleur allié contre la canicule
En période de stress hydrique, la priorité c’est de garder le maximum de hauteur d’herbe en surface. Cinq centimètres d’herbe minimum, c’est le seuil en dessous duquel la prairie perd sa capacité à se protéger thermiquement. Cette couverture végétale protège les racines, maintient la fraîcheur du sol, et préserve la vie biologique qui permettra une repousse correcte après les pluies.
Et là, clairement, si tu es en dessous de ce seuil au mois d’août, la bonne décision c’est de remettre du foin. Ce n’est pas un aveu d’échec. C’est une décision de gestion raisonnée qui protège ta prairie pour les trois prochaines saisons. Du coup, si tu dois expliquer à quelqu’un pourquoi tu distribues du foin en plein été, tu as maintenant les arguments. 🌿
Les arbustes fourragers : un levier concret pour traverser la sécheresse et la canicule
Jusqu'à 30 % de la ration
Ce que beaucoup ne savent pas, c’est qu’un cheval peut composer jusqu’à 30 % de sa ration avec autre chose que du foin ou de l’herbe : de la paille, des branches, des feuilles, des arbustes. Ce n’est pas marginal. Dans des conditions de sécheresse où l’herbe n’est plus disponible en quantité suffisante, c’est un levier réel qui peut économiser du foin et couvrir les besoins de certains chevaux.
Pour les chevaux ronds (et tu sais si le tien fait partie de la catégorie), c’est même une opportunité : l’apport calorique est plus faible que celui du foin ou de l’herbe. La canicule devient une fenêtre pour travailler un peu le poids sans forcer, en profitant du comportement alimentaire naturel du cheval.
Comment apprendre à ton cheval à s'y mettre ?
Le problème, c’est que les chevaux élevés à l’herbe et au foin ne cherchent pas spontanément les arbustes. L’herbe, c’est facile, le foin encore plus. Pour qu’un cheval aille vers du ligneux, il faut que ce soit accessible, proche de ses zones de passage habituelles, et que tu lui laisses le temps d’explorer sans intervenir trop vite.
Claire-Marie conseille de commencer par des essences très attractives pour les chevaux : le saule pleureur, le saule osier, le saule marsault. Tu peux couper des branches et les poser au sol pour initier le comportement. Ensuite, si au bout d’une heure et demie le cheval attend clairement que tu lui apportes à manger sans avoir cherché par lui-même, tu peux accompagner davantage. L’objectif, c’est qu’il apprenne progressivement à diversifier, pas qu’il passe 36 heures sans manger 🐴
Ce que tu peux faire dès maintenant
Si tu te retrouves dans cette situation cette année, voilà les trois décisions à prendre sereinement : sortir tes chevaux de la prairie si l’herbe est en dessous de cinq centimètres ou si le sol n’est plus portant, remettre du foin sans culpabilité, et commencer à réfléchir à la végétalisation de tes zones sacrifiées pour avoir du ligneux accessible l’été prochain.
Et si tu veux t’assurer que la ration de ton cheval reste bien couverte malgré les ajustements de l’été, un bilan nutritionnel est là pour ça : on regarde ce que ton cheval mange vraiment, on ajuste. Pas de stress, juste de la clarté. 🤗
Fais une gratouille à ton cheval de ma part.
Audrey de Murmure Animal